Evergreen funds : opportunité ou menace pour les investisseurs et l’industrie ?
Au sein des marchés privés, que faut-il penser de l’essor des fonds semi-liquides, également nommés evergreen ? Ces types de structures séduisent par leur souplesse apparente, mais posent aussi des questions très concrètes sur la liquidité, la valorisation et la gestion des sorties, dans un univers historiquement construit autour de véhicules fermés.
Nos clients ont eu l’opportunité d’écouter en direct les analyses de nos spécialistes lors d’un webconférence qui s’est tenue mardi 15 septembre.
Découvrez dans cet article les principaux enseignements de cet échange.
Un accès simplifié aux marchés privés
Les fonds evergreen se distinguent des fonds fermés par leur fonctionnement : ils restent ouverts aux souscriptions dans le temps et permettent des sorties périodiques, sous conditions. Ils reprennent le même univers d’investissement que les fonds fermés — private equity, dette privée, infrastructures, immobilier ou stratégies multi-actifs privés — mais ils en modifient profondément l’architecture ; là où un fonds traditionnel fonctionne sur un cycle long, avec une période de souscription limitée puis une liquidation au terme de sa vie, le fonds evergreen reste quant à lui ouvert dans le temps et permet des souscriptions régulières.
Pour les investisseurs, cela change la donne :
- pas d’appels de capital
- une exposition plus immédiate
- un réinvestissement automatique des distributions et, sous certaines conditions
- des possibilités de rachat à intervalles définis
Ce format répond ainsi à une demande croissante de simplicité et de continuité, et intéresse ainsi des profils variés : investisseurs privés souhaitant éviter un engagement trop long, family offices en quête de flexibilité, ou encore investisseurs institutionnels cherchant à lisser leur exposition dans le temps.
Paysage des fonds evergreen
Le marché des fonds evergreen a connu une croissance rapide ces dernières années. Plus de 600 fonds semi-liquides sont désormais recensés dans le monde, avec une progression de 294 % depuis 2020. Aux États-Unis, les encours ont aussi fortement augmenté, en hausse de 115 % depuis 2022 selon les données présentées lors de la conférence.
Cette dynamique traduit une évolution de fond : les investisseurs recherchent davantage de flexibilité, tandis que les gérants multiplient les formats pour répondre à cette demande. Pour autant, les fonds semi-liquides restent encore minoritaires face aux fonds fermés.
Gestion de la liquidité
Dans un fonds evergreen, la liquidité existe, mais elle est encadrée. Les rachats sont généralement organisés sur des fenêtres périodiques, avec des préavis, des plafonds de retrait et parfois des mécanismes de report ou de traitement proportionnel.
Pour honorer ces demandes, le gérant s’appuie sur plusieurs sources :
- trésorerie
- distributions du portefeuille
- cessions d’actifs
- ventes secondaires ou parfois lignes de crédit selon la structure du véhicule
L’enjeu est délicat : trop de liquidité en portefeuille peut peser sur la performance, tandis qu’un niveau trop faible accroît le risque de tension en cas de demandes de retrait.
Opportunités et challenges
Les atouts des fonds evergreen sont réels : ils permettent un accès plus simple aux marchés privés, une exposition continue, un réinvestissement automatique des flux et une diversification plus fluide. Pour les gérants, ils ouvrent aussi de nouvelles perspectives de distribution et de collecte. Mais ces avantages ont leur contrepartie :
- La liquidité peut donner l’illusion d’une souplesse totale alors que le sous-jacent reste structurellement illiquide.
- La gestion des sorties, la valorisation régulière des actifs et le risque de comportement procyclique en période de stress imposent une discipline forte.
Les fonds evergreen ne relèvent pas d’un simple effet de mode : ils rendent les marchés privés plus accessibles, plus continus et parfois plus lisibles pour l’investisseur, à condition d’en comprendre les règles.
Conclusion
Les fonds evergreen ne relèvent pas d’un simple effet de mode : ils rendent les marchés privés plus accessibles, plus continus et parfois plus lisibles pour l’investisseur, à condition d’en comprendre les règles.
18 settembre 2026